dimanche 10 mai 2009

Repenser l'intégration de la voiture dans la ville : quand la voiture entre en paysage urbain...

Harmonie de couleurs et ambiance désuète...
Olinda, Etat du Pernambouc, Brésil

Quelle place pour la voiture dans nos villes aujourd’hui ? Objet de dépendance pour les citoyens périurbains dont les logements sont mal reliés aux transports publics ? Objet dénigré, voire “maléfié” devenant synonyme de pollution atmosphérique, sonore, urbaine, ou encore de congestion, d’embouteillage ? Simple objet utilitaire pour certains ? Symbole de réussite, de puissance, de réalisation personnelle, objet de fierté et de projection personnelle pour d’autres, qui investissent avec passion dans décapotables et autres 4X4 ? Objet-roi dans certaines villes, notamment asiatiques ou étasuniennes, pensées pour et par la voiture au détriment des piétons, et arborant d’imposantes 4×4 voies ou pire jusque dans leurs centres ? Objet susceptible de donner lieu à des expériences urbaines particulières, des flâneries motorisées autorisant la découverte de paysages urbains originaux différents de ceux appréhendés par le marcheur, le promeneur ou le flâneur ? Objet d’innovation et symbole d’adaptation à la vie urbaine, de flexibilité et d’échange comme le suggèrent les expériences novatrices d’Autolib’ ou de la CityCar du laboratoire Smart Cities du MIT ?

La voiture en ville suscite bien des réactions, critiques et et émotions, et apparaît comme un objet du quotidien urbain avec lequel il faut composer, que l’on soit utilisateur ou que l’on côtoie simplement ces objets du haut de son vélo, de son bus ou de ses chaussures. La voiture, en cela, fait partie de la ville : elle participe du fonctionnement urbain, de l’expérience urbaine, et entre ainsi dans les images mentales relatives à la ville. Elle est même, parfois, à l’origine d’images singulières, animant le paysage urbain de façon éphémère mais répétitive : ce sont par exemple les longues lignes rouges et jaunes générées par les phares de files et flux de voitures parcourant les grandes artères urbaines à la nuit tombée, propices à la prise de photographies artistiques intéressantes, jouant sur le flou et sur l’animation des couleurs.

La photo présentée dans le cadre de cet article constitue un autre exemple de l’entrée de la voiture en paysage urbain. La voiture participe ici à la création d’une harmonie de couleurs et d’une interaction visuelle avec la maison devant laquelle elle est garée, liées au jeu sur les tons marron de ces deux objets urbains. Elle participe également à la création d’une ambiance urbaine particulière. Sa forme arrondie et son modèle relativement ancien activent l’imagination et font penser à un temps révolu. Par cette simple image, le passant, le promeneur, le citadin, est alors transporté un court instant dans une autre dimension temporelle et expérimente de nouvelles sensations urbaines.

Une des particularités de la voiture est d’être un objet urbain potentiellement mobile (lorsque la voiture roule) ou immobile sur un temps court (lorsque la voiture est arrêtée à un feu rouge, par exemple) ou plus long (lorsque la voiture est garée pour un temps donné). Le mouvement des véhicules est alors susceptible, au hasard des actions et choix de leurs conducteurs, de générer de nouvelles compositions colorées ou géométriques variables et modelables dans le temps, participant ainsi à une transformation incessante du paysage urbain.

Plusieurs laboratoires, et notamment celui de Smart Cities, réfléchissent à de nouveaux designs automobiles plus adaptés à la vie urbaine. Les gabarits sont plus petits, les voitures sont plus ouvertes sur la ville afin de recréer des liens entre les conducteurs et les autres usagers de la voierie (cyclistes, piétons). De la même façon, il pourrait être intéressant de jouer sur les couleurs et les formes afin de créer une certaine diversité et d’assurer une meilleure insertion de la voiture dans la ville. Il ne s’agit pas, ainsi, de supprimer la voiture des villes, mais de repenser son intégration dans le cadre du long chemin vers des villes plus durables et plus vivables.

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